PETIT GUIDE 101: COMMENT DEALER AVEC UN MALADE

La vie étant une suite de rencontres, parce que vous pourriez avoir à vous aventurer dans les corridors d’un hôpital près de chez vous, parce que vous êtes le caméraman de Paul Larocque et vous venez d’apprendre que votre nouvelle affectation est d’aller filmer un kid qui va chanter pour le pape à Rome ou tout simplement parce que vous avez une famille, des amis et des collègues, il est fort possible que vous ayez à côtoyer/interagir avec un malade éventuellement. Voici donc la marche à suivre:

TRÈS IMPORTANT: Ne jamais prendre le malade en pitié. La moue attristée, le regard désolé, la mine atterrée, le petit texto surchargé d’:(, les encouragements un brin trop larmoyants, le gagging de compassion, vous m’arrêtez ça.

Pourquoi je déteste la pitié? Parce qu’à chaque fois que quelqu’un a pitié de toi, ce qu’il/elle te dit indirectement en fait, c’est que cette personne ne voudrait vraiment pas être à ta place. Et ça, fuck, c’est chiant. Vraiment chiant.

Si vous constatez que le malade en question fait des efforts pour mener une vie “normale”, ne le félicitez pas de faire les efforts que cela pourrait impliquer. Le malade fait un effort pour mener une vie normale et féliciter quelqu’un d’accomplir des trucs communs, même si ça lui en demande un peu plus, ce n’est pas normal. Pense à ça man.

J’aimerais maintenant m’adresser ici aux personnes responsables d’enseigner les soins infirmiers dans toutes les institutions du ministère de l’Éducation. Prenez vos plans de cours dans votre main gauche, un crayon bien gorgé d’encre dans celle de droite et inscrivez ce qui suit:

1. Lorsque vous rencontrez un jeune patient atteint d’une maladie chronique qu’on voit quasi exclusivement chez des gens d’un certain âge, éviter de mentionner le fait qu’il soit jeune.

Je ne compte plus le nombre d’infirmiers et d’infirmières qui m’ont dit que j’étais “siii jeune”. Qu’on me comprenne bien ici, j’ai un immense respect pour tous les gens qui oeuvrent dans les hôpitaux, ces gens sont des saints d’un dévouement sans borne. Cela dit, qu’est-ce que cette putain de manie que celle de constamment rappeler aux patients qu’ils sont “malchanceux”? Parce qu’un jour, je vous le dis, les patients vont se rebeller et quand on vous apprendra 30 minutes avant la fin de votre quart de travail que vous devez rester pour un double-shift, ils s’approcheront de vous d’un pas feutré et lorsque vous vous y attendrez le moins, vous entendrez une voix glauque vous murmurer à l’oreille:

“Sii difficile”

Ça serait mean et personne ne souhaite en arriver là. Je sollicite donc votre sincère collaboration.

Gracias.

Faites constamment des blagues sur la maladie. La personne qui m’a fait le plus de bien à travers cette période était constamment en train de rire des mes (multiples) handicaps. Trop de gens ont tendance à dramatiser et si vous saviez à quel point ça fait du bien d’en rire. En fait c’est peut-être la plus belle chose que vous pouvez faire si vous l’aimez votre malade, rire de tout ça avec lui.

Au fond je crois que tout revient un peu à ça: dé-dramatiser.

Parce que si on cesse de se leurrer un instant, la vie suce par bout. Pour pas mal 100% des gens. On a tous nos moments de frustration, de doute, de peur ou de douleur. On ne s’attriste pas du sort de celui qui perd à la courte paille comme on ne pleure pas celui qui se fait battre à roche-papier-ciseau. Ça adonne juste que moi je n’ai pas choisi dans les premiers quand est venu le temps de sélectionner les bouts où ma vie allait sucer. Shit happens.

Mais surtout parce que dans les bouts où elle ne suce pas, c’est simplement fou combien elle peut être belle cette vie. Et chaque seconde de trop où tu t’attardes à tes malheurs, c’est une seconde que tu perds pour savourer ces bouts là. Alors si vous êtes en présence d’un malade, n’oubliez pas ça.

Et puis j’écris tout ça sauf qu’honnêtement, la plupart des gens deal très bien avec un malade. Ou bien peut-être ai-je la chance d’être bien entouré. En y pensant bien, c’est peut-être ça.

Wannabe Gordon Ramsay: moé

Si mon idole de jeunesse a sans doute été le mythique Gordon Bombay, c’est avant tout à Kevin McCallister, jeune héros du film culte Maman, j’ai raté l’avion, que je voulais ressembler.

Qu’importe que son interprète soit devenu un heroin addict qui se pique tard le soir dans de sombres ruelles de Los Angeles, l’idée d’être un jeune laissé-pour-compte par toute sa famille partie en France pour célébrer Noël et de résister à l’assaut de vils truands en leur balançant des pots de peinture à la figure ou en leur agrafant le scrotum à l’aide d’une brocheuse électrique me semblait une façon satisfaisante de m’accomplir en tant qu’être humain.

maurice

Puis je suis tombé sur le légendaire bouquin Maurice Richard: Un bon exemple de TÉNACITÉ à la bibliothèque de mon école primaire et c’était décidé: plus tard, je déménagerais des frigidaires de jour et de soir, je compterais huit points de façon systématique. C’était évidemment avant de voir le dude qui jouait Ovila Pronovost incarner le Rocket aux minutes du patrimouène à Radio-Can. Fuck you Roy Dupuis.

Je me suis par la suite mis à lire du Charles Bukowski dans le sous-sol de mes parents et j’ai eu l’impression de découvrir la Vérité-avec-un-grand-v. Mais outre obtenir d’accessoires 100% en Vie économique, secondaire 5, après m’être préalablement saoulé à la Big 10 dans le boisé adjacent à la polyvalente sur l’heure du lunch, je n’ai rien retiré de fertile de cette trouble période.

Puis voici qu’après quelques mois, voire quelques années d’errance, j’ai un nouveau role model.

Gordon Ramsay, ladies and gentleman.

Fuck oui jeunes genses, je deviendrai un chef quadragénaire colérique aux pectoraux saillants. On me menacera à la pointe d’un fusil en m’aspergeant de pétrole dans le cadre d’un reportage sur la chasse aux requins au Costa Rica. Je subirai une transplantation capillaire à 30,000 euros pièce en prévision de mes apparitions à la télévision américaine.

Je serai la vedette du tutoriel d’oeufs brouillés le plus prodigieux de tous les internettes. Je posséderai quatorze putains d’étoiles Michelin. Je manierai avec finesse les couteaux comme les adjectifs:

“Now you can use the most AMAZING lobsters”
“This is simply BRILLIANT”
“Wow, those soufflés are absolutely STUNNING”
“This is DELICIOUS. The cooking is PERFECT, seasoning is INCREDIBLE and the presentation is BEAUTIFUL”

Mais au-delà de toutes ces justifications dont la pertinence atteint à n’en point douter des sommets on ne peut plus stratosphériques, je veux être Gordon Ramsay pour parler anglais avec l’accent d’Angleterre en plus d’être le baws incontesté du boeuf Wellington. Et par-dessus tout, je veux pouvoir insulter et traiter comme de la grosse marde n’importe quel chef amateur en pleine télévision prime time.
Gordon meme

Oui, après Kevin McCallister, Maurice “Rocket” Richard et Charles Bukowski, je tenterai de devenir le prochain Gordon Ramsay.

Être soi-même? Yeah right.

Est-ce que tous les coureurs deviennent fous?

chester-cheetah
J’ai décidé que j’allais me mettre à courir pas pire vite.

Bon, j’admets d’emblée que j’ignore encore si cette résolution tiendra mais au départ, j’estimerais que ma motivation se situait quelque part entre celle des gens qui font la file d’attente pour se sustenter à la Banquise (sérieusement people?) et celle du jeune garçon à l’orée de la puberté qui se confectionne une épée en styromousse pour aller guerroyer avec noblesse contre ses comparses boutonneux à l’ombre du stade olympique par un dimanche matin de mai. Aussi bien dire que je me sentais investi d’une sacrament de mission.

Garçonnet méthodique, je n’allais pas me lancer dans pareille entreprise sans me documenter adéquatement, il en va de soi. Comme toute personne dans le vent de ma jeune génération, la Grande Bibliothèque de Montréal me semblait toute désignée pour cette situation.

Cinq stations de métro me distancent cependant de celle-ci et déjà, je sentais ma motivation fondre comme neige au soleil. Dépité, je me suis également rappelé que j’avais dernièrement lésiné sur la lessive et voilà, j’en étais rendu à arborer mes boxers cousus de mes ô combien habiles mains dans le cadre du cours d’économie familiale, secondaire 2. Comme l’idée de sortir en public dans l’inconfort d’un sous-vêtement recouvrant uniquement le trois quarts d’une de mes deux gosses ne m’enchantait guère, j’ai donc dû abandonner l’ambitieux projet Grande Bibliothèque.

J’ai ouvert Google.

Je devais tout d’abord définir mon objectif. Le lecteur averti aura déjà relevé avec pertinence que le fait de “se mettre à courir pas pire vite” est une cible de MARDE.



Moche
Attardée
Ridicule
Douteuse
Epaisse

Je me suis alors remémoré une succulente formation reçue dans le cadre de mon travail (fuck yeah actuariat) où j’avais appris qu’une bonne méthode consistait à se fixer des objectifs SMART:

Specific
Measurable
Achievable
Realistic
Timely

(D’ailleurs, un de mes multiples plans de carrière secrets est de devenir un grand conférencier qui donnerait des ateliers sur l’optimisation d’une répartition sectorielle des tâches dans un environnement de travail aux cubicules géo-organisés de façon matricielle ou des séminaires sur la maximisation du rendement dans un cadre infonuagique sous la contrainte du multitâche systématique.

Je visualise déjà ma présentation: un PowerPoint de 87 diapositives contenant chacune un acronyme. Je prévois par ailleurs saupoudrer avec finesse des effets d’animation PowerPoint 2007 tels que “estompage” ou “balayage”.)



Ainsi, que voulait dire courir “pas pire vite”? Saviez-vous que le guépard, en plus d’être la figure emblématique d’un des plus raffinés amuse-gueules qui soit, les crottes au fromage, est également l’animal le plus rapide AU MONDE? En effet, l’Acinonyx jubatus, ce félin vivant en Afrique de même que dans quelques rares régions du Moyen-Orient peut courir à des vitesses pouvant atteindre 110 km/h. Personnellement, en lisant cela, j’ai eu une petite pensée pour ma première voiture qui ne pouvait clairement pas atteindre une telle vélocité.

R.I.P Saturn 1995.

Toujours est-il qu’il m’apparaissait sage de me fixer un objectif entre guépard et limace-banane (parce que l’idée de vivre en symbiose avec des séquoias côtiers ne m’enchante guère, obv). C’est là que j’ai pénétré dans l’univers trouble de la course.

Et je dis trouble parce que bon, je crois avoir reçu une éducation décente pis toute et qu’une certaine politesse d’usage me semble toujours de mise. Autrement, je vous aurais dit qu’un substantiel pourcentage de gens qui pratiquent la course sont des MONGOLS.

Distance cible, temps du kilomètre, taux de dépense horaire de fucking kilojoules, rythme cardiaque désiré, intervalles structurés, altitude visée, régularité de la longueur de foulée (sous le demi-écart-type si possible, ya know), diète appropriée.

Lorsque ma nouvelle carrière de sommité du PowerPoint et du motivational speech me rendra las, j’entamerai un doctorat en neuroscience à Stanford. J’ai déjà une ébauche de thèse: Hypertrophie du cervelet et dérèglement de la neuromodulation globale: pourquoi les coureurs deviennent des osties de crinqués.

Humez cet arôme de Nobel de physiologie.

J’ai donc des objectifs de temps pour 5 et 10 kilomètres que je tairai ici de même qu’une ambition de demi-marathon d’ici la fin de l’été. Specific, measurable, achievable, realistic, timely. Solidement SMART comme objectif, je vous le jure.

Or je n’allais certainement pas m’arrêter en si bon chemin! C’est ainsi que par un heureux hasard, je me suis retrouvé sur un groupe Facebook SECRET regroupant une communauté de coureurs. Man, un groupe secret!! Des membres du groupe allaient même jusqu’à affirmer sur la page de ce dernier que leur adhésion avait changé leur vie!!! Nul besoin de vous dire qu’à partir de ce moment, mes attentes étaient énormes. À chaque retrait que j’effectuais au guichet automatique, je m’attendais à voir pleuvoir les billets de 20 dollars comme pour Joshua Jackson dans The Skulls. Je me disais qu’au moment où je m’y attendrais le moins, une sympathique demoiselle, natural 34D d’usage t’sé, m’attendrait dans mon lit à mon retour d’une “sortie” pour un petit 5km. Man, j’étais dans un groupe secret, ça devait bien venir avec des avantages quelconques.

À ce jour, sweet fuck all. Même pas une chronique autographiée de Marc Cassivi ou un échantillon de sueur d’Yves Boisvert, la grosse base pour un courreux hipsto-montréalais. J’étais un coureur sans GPS: j’avais fait fausse route. Je n’avais pas joint un groupe secret mais bien une secte!

Screen shot 2013-04-30 at 1.05.08 AM

Tout un chacun partage ses temps de course et c’est l’opulence des likes mutuels et des points d’exclamation ce qui, je l’admets, n’a rien d’insolite. Mes réserves et suspicions débutent toutefois au moment où je réalise qu’au moins une fois par jour, true shit, un des membres avoue être ému aux larmes par toute cette “fraternité”. Pleurer parce que ta mère est morte, fine. Être ému par The Green Mile, tranquille Émile. Mais verser une larme parce que des gens te disent qu’ils ont fait 10 kilomètres en 46 minutes sur leur heure de lunch? Ça va aller garçon..

C’est ainsi qu’après 637 courriels de notification Facebook, je me suis désabonné de ce groupe, apeuré que j’étais pour mon équilibre mental. Or je suis allé courir cet après-midi, ma troisième sortie seulement post-transplantation et j’ai parcouru un mirobolant 4 kilomètres légèrement sous la barre du 25 minutes. Rien de fou, soit. Mais étant donné mes limitations physiques, j’ai presque senti poindre l’ombre d’un peut-être éventuel sentiment.

J’ai peur.

Aller à Toire

C’était un samedi typique de ces samedis de mars qui vous font croire que cet hiver aura une fin. Le soleil brillait et faisait fondre la neige qui, en se désintégrant, reflétait ses rayons vivement. C’est pourquoi les passants sur la rue Ontario avaient enfilé leurs lunettes de soleil et avaient ouvert leur fermeture éclair de manteau, petite désinvolture vestimentaire optimiste qu’une température au dessus de zéro rendait possible. L’eau ruisselait dans les rues et allait se jeter dans les égouts avec cet éclat sonore caractéristique du printemps. Les enfants du quartier avaient sorti leurs vélos, une femme suspendait même quelques vêtements sur une corde à linge en écoutant la radio.

Voilà à quoi je songeais en refermant ma portière après avoir garé ma voiture, à deux heures du matin, dans une rue malheureusement trop éloignée de mon chez-moi tandis qu’une brise glacée frappait mon visage. Décidément, une fois la nuit tombée et le soleil bien tapi pour de nombreuses heures, l’hiver reprenait ses droits avec zèle.

Rien de bien grave, songeai-je, en refermant un peu mieux mon manteau, en replaçant mon écharpe et en montant de deux, trois, quatre niveaux le son de la musique sur mon téléphone: Break On Through (To the Other Side) des Doors.

On ne donne pas suffisamment de crédit au Doors, si vous voulez mon avis. Je me demande parfois s’il n’y a pas un peu d’anti-américanisme dans ça. Quoiqu’ironiquement, lorsqu’on nomme les grands de cette époque, on se tourne vers l’Angleterre: The Beatles, The Rolling Stones.

Je me demande d’ailleurs si c’est pour les mêmes raisons que l’on boude les Beach Boys. Alors qu’on déverse larmes et gamètes sur les plaines d’Abraham lorsqu’un Beatle vient les fouler pour un 400e anniversaire, rien pour Brian Wilson et son album Pet Sounds qui, de l’aveu même de Paul McCartney, a inspiré Sergent Pepper Lonely Heart Club Band. Wilson qui d’ailleurs était sourd d’une oreille lors d’une époque où produire en stéréo, c’était la grosse affaire. À quel point il torchait! Just sayin’.

Morrison s’époumone: “She gets. She gets. She gets hiiiiigh.” À l’époque (1967-68 peut-être?), Jim avait prononcé le “hiiigh” à la télévision américaine et la presse puritaine américaine avait tenté de jeter l’opprobre sur lui. Peut-on s’en étonner de la part d’une nation qui refusait que les caméras filment les déhanchements d’Elvis Presley de peur de corrompre les moeurs de ses jeunes adolescentes ? Un simple regard sur la jeunesse américaine des années ’60 et ’70 montre bien qu’il est inutile de vouloir tout contrôler (et c’est bien qu’il en soit ainsi). Comme quoi il n’y a quand même pas que des bons côtés à cette Amérique un peu boudée au Québec.

Il y a d’autres peuples comme ça sur lesquels on casse bien du sucre. Je pense aux Russes qu’on aime bien, notamment, dépeindre à l’aide du hockeyeur stéréotypé qu’on accuse de se traîner les pieds un soir sur deux et d’avaler des hectolitres de vodka hebdomadairement (en oubliant de nommer Datsyuk et Malkin, possiblement 2 des 10, voire des 5, meilleurs joueurs de la ligue nationale). La Russie est pourtant fascinante. Deux petits exemples? Le rocambolesque roman Limonov d’Emmanuel Carrère, récipiendaire du Renaudot (à juste titre!) qui nous fait voir, entre autres, une Russie fascinante:

Ce livre raconte la vie d’Édouard Limonov, pour le moins surprenante: né en février 1943, fils d’un sous-officier du NKVD, après une enfance à Kharkov sous le régime communiste, il devient poète à Moscou, où il se fait rapidement connaître dans un cercle de dissidents au régime. Forcé de quitter l’URSS, il s’exile à New York où il se retrouve clochard puis travaille comme majordome d’un milliardaire, tout en écrivant des récits autobiographiques.

Peut-être pas de quoi vous faire lire Tolstoï et Dostoïevski, mais tout de même. Et comme second exemple, je vous lance ce fait divers aberrant de chiens qui circulent librement dans le métro de Moscou:
 The Moscow Metro is the second most heavily used in the world by daily ridership. About 500 dogs on average live in its stations, especially during colder months. Of these dogs, about 20 are believed to have learned how to use the system as a means of commuting.Theories to explain how they are able to correctly determine their routes include:

an ability to judge the length of time spent on the train in between stations/time intervals

recognition of the place names announced over their train’s loudspeaker

the scents of particular stations

a combination of such factors.

They are said to prefer the quieter, less trafficked cars at the very front or back of the train. Author Eugene Linden, a specialist in the subject of animal intelligence, believes the dogs’ behavior exhibits "flexible open-ended reasoning and conscious thought".

J’ai eu tendance à galvauder le mot aberrant dans ma vie, mais il me semble plutôt à propos lorsque je songe à des chiens “sauvages” qui se couchent dans les banquettes d’un wagon de métro rempli de gens pour circuler d’une station à l’autre.

Parlant de chien, j’en croise un avec son maître en continuant de marcher vers mon domicile. J’aime bien, l’espace de quelques secondes, tenter de m’imaginer le quotidien des gens que je croise. Je jauge rapidement leurs vêtements, observe leur démarche et le rythme de leurs pas. Je les toise et attends de voir s’ils soutiendront mon regard ou fixeront le sol. Retourneront-ils mon sourire? (très peu de montréalais le font, ça me sidère toujours un brin) Après quoi j’essaie de deviner le type d’émission qu’ils écoutent, ce qu’ils font comme travail, de quelle façon baisent-ils.

Je me demande ce que les gens cernent en me croisant. Savent-ils que j’écoute Breaking Bad? Que je fais un job d’actuaire? Qu’estiment-ils que je fais au lit?

D’ailleurs, on parle trop peu de Breaking Bad. Je me demande si dans 50, voire 100 ans, on analysera ces séries télé comme les chefs-d’oeuvre de la fiction de notre ère, au même titre qu’on louange Hamlet ou qu’on étudie la tragédie grecque d’Agamemnon. (J’entends le grincement des dents des puristes. Ou était-ce le crissement de pneus?). 

J’imagine bien un enseignant universitaire donnant un cours sur la fiction américaine du 21e siècle parler de Walter White en affirmant que son parcours se voulait une allégorie de l’Amérique naissante qui avait fait son succès au tournant des années 1900 en alliant le commercial et l’académique tandis que l’Europe s’obstinait à claquemurer son savoir théorique dans ses étanches universités. Est-ce que Walter White et sa production de méthamphétamines se voulait une métaphore éclatée d’une nation où, par exemple, un immense scientifique, Thomas Edison (enfant autodidacte détenteur de 1093 brevets, sérieusement sourd à 13 ans, inventeur de la pile alcaline, il a amélioré l’ampoule incandescente et a passé bien prêt d’être crédité de l’invention du téléphone (comment tu peux penser avoir réussi dans la vie en te comparant à ce gars, by the way?)), a enrichi General Electric en provenance de son laboratoire de recherche new-yorkais ? Et ce professeur rencontra-t-il un enseignant allemand, par exemple, dans un congrès littéraire quelconque de Copenhague, je fabule, qui l’entretiendra de sa théorie sur la signification du choix d’Heisenberg comme surnom du personnage?

Mais au-delà de tout ça, il faut simplement saluer le talent d’architecte de ces auteurs qui pondent des récits aussi efficaces et intelligents. Notre ère est remplie de travail de cette qualité. Si les gens faisaient moindrement l’effort de sortir des sentiers battus (très étroits) du milieu culturel québécois (ou même d’aller vers ce qui est éhontément marginal dans l’art québécois, comme le travail de Marc Séguin ou la nourriture de Normand Laprise ou Martin Picard), ils courraient le risque de tomber sur des merveilles, comme Gangs of New York de Martin Scorcese (grandiose) ou de lire un truc de Chuck Palahniuk (géant).

Sauf que cela relève de l’utopie. Je suis tiré soudainement de ces rêveries alors qu’une nouvelle chanson des Doors me remplit les oreilles et que je monte les trois marches qui me mènent à ma porte. Cette journée a été bien remplie, j’ai hâte de retrouver mon lit. Mais avant, j’ai bien envie d’écrire un ou deux mots.

Ôde à la complexité

Je suis toujours désarçonné d’entendre quiconque dire que “tout est compliqué” sur le ton de la complainte plutôt que sur le ton de celui ou celle qui énonce une évidence. Bien sûr qu’à peu près tout est complexe, et Dieu merci.

Bien que parfois, je me demande si je suis une anomalie d’ainsi me plaire dans la nuance, l’hétérogène et le contraste. J’ai le sentiment que la plupart des gens préfèrent le tapage aux crescendos chromatiques, les blockbusters aux films à dialogues, le 36D au 34B. Erré-je ? Me méprends-je ? Suis-je fourré ?

Je me questionne de plus en plus à savoir si je pourrais tomber follement amoureux d’une fille qui n’est pas “brisée”. L’expression est galvaudée et je grince des dents en l’utilisant, mais c’est malgré tout ce que je trouve de mieux pour illustrer ce que j’ai en tête.

Une fille écorchée, fuckée, tourmentée. Avec qui tout ne sera pas que long fleuve tranquille. Avec des cicatrices comme les miennes, des doutes aussi abyssaux, des passions aussi brûlantes. Qui a autant de dimensions qu’il y a de jours dans l’année. Qui incarne le fait que si la folie n’est pas loin du génie, elle flirte aussi très souvent avec le sexy.

Une fille que la vie a éraflée, comme elle aime si bien le faire. Qui a ses vulnérabilités, comme nous en avons tous, au fond. Non pas parce que j’aime que les gens soient vulnérables, mais bien parce que lorsque deux personnes acceptent de partager mutuellement et ouvertement leurs vulnérabilités, ça crée un lien d’une puissance inouïe. C’est ce lien qui tisse les plus fortes amitiés et les cimente au-delà des écueils du temps et de la distance, des écueils de cette vie qui passe. C’est ce même lien qui unit les gens qui vivent le type d’amour le plus grandiose.

Une fille qui a du vécu, tiens, un autre mot galvaudé. Qui a saisi par la force des choses que le parcours d’une vie est sinueux, qu’il y aura des douleurs, mais qu’elles ne seront pas vaines si elles mènent à un plus grand bonheur. Que les décisions qui rapportent le plus sont celles avec un risque d’erreur, sont celles qui se prennent avec une dose de peur.

Qui comprend et accepte que les gens évoluent. Qui se dit que si tu es la même personne qu’il y a un an, tu as mal utilisé ton année. Qui saisit que ce n’est pas de s’être trompé qui importe, mais bien combien de temps tu persistes à vivre dans la même erreur sans la corriger.

J’ai 24 ans et j’ai l’impression que chaque jour apporte son lot d’incertitudes, sa nouvelle constatation de toute la complexité de l’humain. C’est peut-être ironique, mais je crois que c’est une des choses qui m’enthousiasme le plus actuellement dans la vie. Cette découverte perpétuelle que peut être l’amour. Celle de l’autre. Celle de soi, aussi.

Et c’est pourquoi je crois que ce n’est que d’une fille brisée et compliquée dont je puisse être amoureux fou. Parce que j’ai soif d’être avec quelqu’un dont j’aurai envie de tout connaître et dont j’aurai l’impression qu’à chaque instant, en l’écoutant me raconter sa journée, dans le creux d’une nuit passionnelle, dans un silence partagé, qu’à tout moment, j’aurai la chance de découvrir soudainement un nouvel éclat provenant d’un inépuisable trésor, une nouvelle nuance dans un tableau peint par deux virtuoses un peu fous qui se sont lancés dans la plus belle fresque qui soit.

Est-ce cinglé, utopique ou magnifique ? Sans doute les trois à la fois. C’est que, vous savez, tout est compliqué.

La fin du monde

«C’est la fin du monde! »

C’est ce que nous nous disions parfois, tôt le samedi matin, encore emmaillotés, grelottant à la simple idée d’extirper un seul orteil de la couette, véritable refuge thermique face à cette nouvelle ère de toute évidence glaciale qui nous était tombée dessus quelque part entre une heure et six heures du matin. La vraie fin du monde que j’te dis.

« Je veux que vous sachiez, mon cher monsieur, que le rapport sexuel que nous venons d’avoir, aussi plaisant fût-il, n’était rien d’autre qu’un acte de pure survivance », que tu me lançais d’un air espiègle.

« Ah oui? »

« Absolument! Tout est évidemment une question de dixièmes de Celcius de température corporelle, il en va de la pérennité de la race humaine! »

« Oh, je vois. Laissez-moi toucher vos orteils un instant. Mais… mais elles sont glacées! Je crois que nous n’avons guère le choix d’encore une fois veiller à notre survie. »

« Puisqu’il le faut », répondais-tu alors d’un ton exagérément théâtral.

La fin du monde était finalement arrivée. C’est pour ça que nous prenions notre première douche du week-end ensemble, afin de ne pas gaspiller une ressource aussi limitée que pouvait l’être l’eau chaude en cette période postapocalyptique.

Puis j’enfilais lentement mon manteau et mon écharpe, l’air grave à l’idée d’aller braver le monde extérieur et ses possibles intempéries afin de ramener, si l’état de la civilisation n’était pas trop précaire, quelques croissants fraîchement sortis du four et, advenant que notre destin ne soit pas trop tragique, un peu de fromage et deux lattés bouillants. Tu m’enlaçais longuement, solennellement, avant d’entrouvrir la porte pour que j’aille affronter dieu seul sait quels cataclysmes et autres calamités aux proportions catastrophiques.

« Bon courage! », que j’entendais parfois au loin avant de tourner le coin de la rue. À chaque fois, j’esquissais un sourire ou riais même lorsqu’il m’arrivait de croiser le regard d’un passant interloqué.

Je revenais en refermant prestement la porte derrière moi, feignant d’être à bout de souffle, prenant un air terrorisé.

« J’ai bien cru un instant que vous y resteriez mon cher ». Puis nous nous embrassions, moi qui te serrait la taille de toutes mes forces, toi qui plongeait ton regard dans le mien en me prenant doucement la tête à deux mains. On s’assoyait ensuite en indien dans le lit pour manger les quelques victuailles que j’avais réussi à dégoter au péril de ma vie.

« C’est vraiment la fin du monde » que je lançais alors en prenant une voix d’animateur radio scandalisé. « Les gens sont si stressés qu’ils en attrapent le cancer! La dette des pays occidentaux est incommensurable! Nous sommes esclaves de la consommation, on travaille trop et on pollue à un rythme effréné! » Tu surenchérissais: « La population est obèse et mal informée. Les jeunes font du sexe à neuf ans et ne savent plus écrire. Les 1% plus riches nous exploitent tous! »

« Tu n’as jamais si bien dit. Et en plus de tout ça, le hockey est en lockout! »

« T’es con »

Et puis on se mettait à rigoler. C’était notre façon de tourner en ridicule tous ces prophètes de malheur qu’on entendait au quotidien. Et c’était aussi notre façon de se dire, implicitement, que dans ce monde qu’on dit aujourd’hui si froid et aseptisé, nous avions réussi à trouver quelque chose de vrai et de chaleureux. Quelque chose de simple qu’aucune chronique tapageuse dans le journal ou envolée vindicative radiophonique ne parviendrait à compliquer.

Nous passions ensuite la journée à discuter, à écouter Miles Davis sur les faibles haut-parleurs de mon portable en nous collant, à nous embrasser aussi longtemps que des adolescents amoureux. Nous passions la journée à rire. Personne ne m’avait autant fait rire avant de te connaître. Si dehors c’était la fin du monde, à l’intérieur, un nouveau monde naissait à chaque fois que je t’entendais pouffer.

On se cuisinait un souper toujours très simple: un macaroni à la viande, une lasagne déjà préparée, des pogos extra ketchup. Nous buvions notre vin dans des coupes du Dollarama, mangions du gâteau surgelé McCain. On s’éclairait à la chandelle parce que, disait-on, nous devions demeurés incognito une fois la nuit tombée. Qui sait ce qui pouvait rôder dehors une fois la nuit tombée alors que la fin du monde était arrivée. Je ne voulais pas que tu meures dévorée par un zombie!

Nous allions au lit sans nous soucier de la vaisselle sale pour nous donner mille bisous, pour faire l’amour, pour être bien. Juste avant de t’endormir, confortablement blottie contre moi, tu t’approchais de mon oreille et tu me chuchotais: « C’est avec toi que je veux la vivre, la fin du monde ». Puis tu fermais les yeux et t’endormais tandis que moi je regardais ton visage paisible, le coeur battant encore un peu la chamade, toujours ému que j’étais lorsque tu me chuchotais ça.

C’était notre petit jeu à nous, ça nous faisait rigoler. Et puis on se disait parfois le plus sérieusement du monde que nous serions les plus préparés de la planète si l’apocalypse arrivait finalement.

Mais voilà, depuis hier tu n’es plus là et je suis désemparé. Je n’ai jamais été préparé à ça moi, la vraie de vraie fin du monde. J’ai peur de ne pas y survivre. Pas toi?

La juste part des choses

Voilà qu’après plus de 70 jours de manifestations, où les tensions ont été multiples et la violence omniprésente, le gouvernement de Jean Charest y allait d’une proposition que les plus modérés ont qualifiée de timide. On apprenait ce week-end que la CLASSE n’entend pas faire une contre-offre puisque, semble-t-il, c’est au gouvernement de reprendre les négociations.

Le dialogue de sourds sur fond de crise se poursuit donc. Visiblement déterminé à aller jusqu’au bout avec la hausse, le gouvernement et son offre anémique n’ont rien fait pour améliorer la situation. Similairement, les étudiants revendicateurs prévoient une manifestation “tous les soirs jusqu’à la victoire”. Parce qu’il semble bien que ce soit ce que l’on recherche de part et d’autre: la victoire.

Dans un tel contexte, il est de plus en plus difficile d’entrevoir une issue à ce conflit qui s’envenime dangereusement chaque semaine. La polarisation des positions et des arguments à laquelle on assiste est alarmante. De gouvernement fasciste à manifestations communistes, les qualificatifs employés dégradent le débat et il serait grand temps que les deux camps retrouvent le sens des mots.

Il est aussi grand temps que les divers partis impliqués se mettent réellement à la recherche de solution et non plus à la recherche de la victoire. C’est cela que devrait comprendre le mouvement étudiant qui perd lentement des appuis dans la population de par ses sempiternelles revendications tonitruantes et irréalistes dans le contexte actuel. C’est aussi ce que devrait saisir le gouvernement intransigeant au taux d’insatisfaction stratosphérique. Si la population semble vouloir abandonner ce dossier, c’est qu’on a depuis longtemps abandonné la recherche de solution.

Ceux qui veulent que le financement des universités passe par une imposition plus grande de ceux qu’on appelle les riches doivent mettre de l’eau dans leur vin en se rappelant que déjà, nos riches sont aussi peu nombreux qu’imposés et que l’atteinte de l’équilibre budgétaire sera le fruit d’un effort réellement collectif. Et ceux qui souhaitent financer nos institutions scolaires postcollégiales avec une hausse de 75% des frais d’inscription auraient avantage à se rappeler l’importance de l’accessibilité aux études et que la présence d’idéaux autres que l’économie dans les politiques publiques n’est certainement pas une tare mais bien le moteur d’une société.

Il faut donc que le dialogue recommence, que chacun accepte la légitimité de la position opposée et fasse ainsi un premier pas vers une solution qui se trouvera dans une zone de gris, une zone de nuance bien peu foulée dans les dernières semaines.

Ce n’est plus le temps des discours qui enflamment, des phrases chocs qui galvanisent et des rhétoriques belliqueuses. Il est désormais venu le temps des discours qui rassembleront autre chose que des bases militantes. Alors que le ministre Bachand invitait dernièrement la population à faire sa juste part, j’invite tous les acteurs dans la crise actuelle, tant ceux du gouvernement que du mouvement étudiant, à faire une autre juste part: la juste part des choses.