Dans un de ses sketches, l’humoriste Maxime Martin débute en demandant à la foule si tout le monde était fier d’être québécois. Instinctivement, le public répond d’un tonitruant oui. Martin poursuit donc en s’enquérant du pourquoi et, oh surprise, la salle chie dans mite. Voilà un intéressant paradoxe. Pourquoi sommes-nous fiers de notre appartenance québécoise et, qui plus est, comment s’exprime-t-elle, cette fierté, outre ces vaillants patriotes qui citent de Gaulle sans le connaître à la Saint-Jean entre deux shots d’amphétamines (Vive le Québec libre câââlisse)?
Si je pose cette question, vous l’aurez sans doute deviné, c’est que j’entretiens moi aussi un rapport trouble avec mon identité québécoise. Bien que je sois relativement “fier” de mes origines et de mon peuple la plupart du temps, il m’arrive d’avoir des creux de vague et de trouver qu’on fait dur. Le dernier temps des fêtes a été un de ces creux.
Alors que de par le monde on s’intéressait aux manifestations en Russie, on se questionnait sur la pérennité du régime nord-coréen suite au décès de Kim Jong Il et on suivait les primaires républicaines en vue de la prochaine élection étatsunienne, ici, on se demandait si le Bye Bye avait été bon. Tandis que la zone euro est en crise et que le monde arabe est en pleine métamorphose, le gros débat au Québec est à savoir si l’entraîneur (pour ne pas dire coach, comme on l’entend ironiquement si souvent) du Canadien devrait parler français.
Dans son toujours dévastateur rapport annuel, Influence Communication rapportait qu’en 2011, 14 des 25 personnalités qui ont le plus fait la nouvelle dans l’année sont liées au monde du hockey. On y apprend aussi qu’on parle beaucoup moins d’économie qu’ailleurs dans le monde, même chose pour les nouvelles internationales. Est-on, donc, une société qui se crisse du reste du monde?
C’est du moins l’impression que j’ai par moment. J’ai ce sentiment d’une société recluse, repliée sur elle-même, qui a fait le deuil de la grandeur et qui préfère se terrer dans ses petites histoires à elle pour ne pas être confronté à la petitesse dans laquelle elle se claquemure volontairement.
Même le vocable du nationalisme québécois reflète ce repli sur soi. Désormais, on ne veut plus affirmer sa culture, on veut protéger sa culture. Le Bloc ne va pas faire valoir les intérêts du Québec à Ottawa, il va défendre les intérêts du Québec. Incidemment, on parle de moins en moins du projet souverainiste, il s’agit plutôt du rêve souverainiste. Pour parler en terme de hockey, ce lexique si cher à notre belle province, on dirait qu’on a décidé de jouer la trappe. On se défend, on reste dans notre zone. Faudrait peut-être prendre conscience qu’en jouant la trappe, on ne scorera pas souvent.
Y a-t-il donc quelque chose de notre peuple qui puisse nous rendre fiers, qui nous permettrait enfin de nous affranchir de ce statut autoproclamé de nation née pour un petit pain? Les Américains ont un sens inné la grandeur, les Français ont une rigueur démocratique et rhétorique enviable. Les Juifs ont un souci de l’excellence immense. Les peuples scandinaves peuvent s’enorgueillir de leur ingénierie sociale. Et nous, qu’est-ce qui nous caractérise et peut nous rendre fiers?
Je crois que c’est le fait qu’après 400 ans, nous parlons toujours français et avons une culture qui nous soit propre. Isolé géographiquement, le peuple québécois existe toujours grâce à une résilience qui me semble phénoménale et si on survit toujours, c’est sans doute à cause de cette communauté riche qui se tient. Mais voilà, après la survie, il y a aussi la vie. Et pour qu’on peuple vive vraiment, il doit prendre sa place légitime dans le monde et pour s’y faire, il faudra s’y intéresser à ce monde, si l’on veut un jour y occuper une vraie place.