Voilà donc qu’après l’ô combien riche période des élections fédérales de mai 2011, il semblerait que les Internettes québécoises soient à nouveau prises d’assaut par une horde de débatteurs à l’orthographe douteux désireux de faire connaître leur point de vue sur le sujet brûlant de l’heure: la hausse des frais de scolarité.
Sur les divers réseaux sociaux, on discute ferme de gratuité scolaire, d’indexation des coûts et d’accessibilité à l’éducation. Si l’on peut être tenté de se réjouir que pareilles discussions vivifiantes aient lieu sur le world wide ouebe, je vous arrête immédiatement, jeunes genses enthousiasmés, et vous rappellent que d’argumenter sur le net, c’est un peu comme étendre du fumier: à trop vouloir fertiliser le débat public, tu perds souvent de vue que tu ne fais qu’épandre du caca.
Sachez d’emblée que je me suis moi-même déjà adonné aux malsains plaisirs de l’argumentation sur les Internettes. Pas tout à fait sorti des affres de l’adolescence, je n’hésitais guère à sortir ma plume vitriolique de gamin semi postpubère pour vilipender, avec toute la vigueur juvénile qui m’habitait alors, quiconque avait osé dire une énormité sur le net.
J’ai bien évidemment maturé depuis cette époque dorée et je sais aujourd’hui qu’il n’existe qu’une seule réaction saine à la vile frustration d’être confronté une fois de plus à un de ces poulpiquets malfaisants qui se plaisent à profaner de sottes fariboles sur la toile: je vais me crosser sur de la porn en stream.
Obv.
Toujours est-il que tous n’ont malheureusement pas ce sage réflexe d’aller se soulager les burettes d’un frétillement vigoureux du poignet et certains choisissent plutôt la déplorable voie: celle de s’insérer dans le débat. C’est ainsi que naissent les échanges houleux sur les Facebooks zé les Twitters qui nous offrent ces tristes dialogues de sourds auxquels nous assistons quotidiennement par les temps qui courent.
Vous l’aurez donc compris, petits coquins, LeTapage.com suggère de devenir sourd plutôt que de lire des dialogues de sourds. LOL pis toute.
J’entends déjà les chevaliers du cyberespace s’insurger (évidemment) et dire que tout ça n’est que balivernes. Je commencerais tout d’abord par vous inciter à vous calmer. Il est probable que votre mère dorme présentement et bien que le sous-sol où vous vivez soit bien isolé, ce serait triste de la réveiller. Je poursuivrai ce brûlot en vous incitant à vous rappeler la dernière fois que vous avez vu quelqu’un changer d’opinion dans un débat online. Personnellement, je naviguais sur Netscape quand c’est arrivé.
Et c’est là le noeud du problème. Prenez le cas qui nous intéresse. Dans un débat sur les frais de scolarité, il y aura une prémisse clinquante, quelqu’un qui pourfendra les étudiants en anthropologie de s’acheter des iPhones et des voyages dans le Sud tout en étant contre la hausse ou un autre qui dira des gens en faveur de la hausse qu’ils ne sont que de crapuleux capitalistes qui voient l’éducation comme un produit de consommation.
C’est ainsi que sera lancé un proverbial pavé dans la mare.
Sans tarder, comme un papillon de nuit inexorablement attiré par la lumière comme une mouche inéluctablement attiré par la marde, des opposants de ladite prémisse clinquante viendront répliquer. Il y aura quelques arguments de part et d’autre (toujours les mêmes, énoncés avec une éloquence fort variable), chacun conservera sa position initiale et aura un ton toujours un peu plus belliqueux jusqu’à ce que le débat se termine sans réelle conclusion satisfaisante.
Est-ce dire que toute discussion où chacun conserve sa position est vaine? Bien sûr que non. Mais après la huitième discussion similaire de suite, je serais tenté de répondre moui.
Si je salue certes le désir brûlant, voire chevaleresque, d’apporter au débat public, j’invite ces gens qui polluent tous les réseaux sociaux de leurs même sempiternelles ritournelles à se trouver un hobby comme la confection de modèle miniature, le scrapbooking ou la danse en ligne. Ou mieux encore, je les incite à s’impliquer dans la chose publique. Parce que c’est là que se joue vraiment l’avenir de notre société. Pas sur Facebook.



