La raie-thorique

Voilà donc qu’après l’ô combien riche période des élections fédérales de mai 2011, il semblerait que les Internettes québécoises soient à nouveau prises d’assaut par une horde de débatteurs à l’orthographe douteux désireux de faire connaître leur point de vue sur le sujet brûlant de l’heure: la hausse des frais de scolarité.

Sur les divers réseaux sociaux, on discute ferme de gratuité scolaire, d’indexation des coûts et d’accessibilité à l’éducation. Si l’on peut être tenté de se réjouir que pareilles discussions vivifiantes aient lieu sur le world wide ouebe, je vous arrête immédiatement, jeunes genses enthousiasmés, et vous rappellent que d’argumenter sur le net, c’est un peu comme étendre du fumier: à trop vouloir fertiliser le débat public, tu perds souvent de vue que tu ne fais qu’épandre du caca.

Sachez d’emblée que je me suis moi-même déjà adonné aux malsains plaisirs de l’argumentation sur les Internettes. Pas tout à fait sorti des affres de l’adolescence, je n’hésitais guère à sortir ma plume vitriolique de gamin semi postpubère pour vilipender, avec toute la vigueur juvénile qui m’habitait alors, quiconque avait osé dire une énormité sur le net.

J’ai bien évidemment maturé depuis cette époque dorée et je sais aujourd’hui qu’il n’existe qu’une seule réaction saine à la vile frustration d’être confronté une fois de plus à un de ces poulpiquets malfaisants qui se plaisent à profaner de sottes fariboles sur la toile: je vais me crosser sur de la porn en stream.

Obv.

Toujours est-il que tous n’ont malheureusement pas ce sage réflexe d’aller se soulager les burettes d’un frétillement vigoureux du poignet et certains choisissent plutôt la déplorable voie: celle de s’insérer dans le débat. C’est ainsi que naissent les échanges houleux sur les Facebooks zé les Twitters qui nous offrent ces tristes dialogues de sourds auxquels nous assistons quotidiennement par les temps qui courent.

Vous l’aurez donc compris, petits coquins, LeTapage.com suggère de devenir sourd plutôt que de lire des dialogues de sourds. LOL pis toute.

J’entends déjà les chevaliers du cyberespace s’insurger (évidemment) et dire que tout ça n’est que balivernes. Je commencerais tout d’abord par vous inciter à vous calmer. Il est probable que votre mère dorme présentement et bien que le sous-sol où vous vivez soit bien isolé, ce serait triste de la réveiller. Je poursuivrai ce brûlot en vous incitant à vous rappeler la dernière fois que vous avez vu quelqu’un changer d’opinion dans un débat online. Personnellement, je naviguais sur Netscape quand c’est arrivé.

Et c’est là le noeud du problème. Prenez le cas qui nous intéresse. Dans un débat sur les frais de scolarité, il y aura une prémisse clinquante, quelqu’un qui pourfendra les étudiants en anthropologie de s’acheter des iPhones et des voyages dans le Sud tout en étant contre la hausse ou un autre qui dira des gens en faveur de la hausse qu’ils ne sont que de crapuleux capitalistes qui voient l’éducation comme un produit de consommation.

C’est ainsi que sera lancé un proverbial pavé dans la mare.

Sans tarder, comme un papillon de nuit inexorablement attiré par la lumière comme une mouche inéluctablement attiré par la marde, des opposants de ladite prémisse clinquante viendront répliquer. Il y aura quelques arguments de part et d’autre (toujours les mêmes, énoncés avec une éloquence fort variable), chacun conservera sa position initiale et aura un ton toujours un peu plus belliqueux jusqu’à ce que le débat se termine sans réelle conclusion satisfaisante.

Est-ce dire que toute discussion où chacun conserve sa position est vaine? Bien sûr que non. Mais après la huitième discussion similaire de suite, je serais tenté de répondre moui.

Si je salue certes le désir brûlant, voire chevaleresque, d’apporter au débat public, j’invite ces gens qui polluent tous les réseaux sociaux de leurs même sempiternelles ritournelles à se trouver un hobby comme la confection de modèle miniature, le scrapbooking ou la danse en ligne. Ou mieux encore, je les incite à s’impliquer dans la chose publique. Parce que c’est là que se joue vraiment l’avenir de notre société. Pas sur Facebook.


La société distincte

Dans un de ses sketches, l’humoriste Maxime Martin débute en demandant à la foule si tout le monde était fier d’être québécois. Instinctivement, le public répond d’un tonitruant oui. Martin poursuit donc en s’enquérant du pourquoi et, oh surprise, la salle chie dans mite. Voilà un intéressant paradoxe. Pourquoi sommes-nous fiers de notre appartenance québécoise et, qui plus est, comment s’exprime-t-elle, cette fierté, outre ces vaillants patriotes qui citent de Gaulle sans le connaître à la Saint-Jean entre deux shots d’amphétamines (Vive le Québec libre câââlisse)?

Si je pose cette question, vous l’aurez sans doute deviné, c’est que j’entretiens moi aussi un rapport trouble avec mon identité québécoise. Bien que je sois relativement “fier” de mes origines et de mon peuple la plupart du temps, il m’arrive d’avoir des creux de vague et de trouver qu’on fait dur. Le dernier temps des fêtes a été un de ces creux.

Alors que de par le monde on s’intéressait aux manifestations en Russie, on se questionnait sur la pérennité du régime nord-coréen suite au décès de Kim Jong Il et on suivait les primaires républicaines en vue de la prochaine élection étatsunienne, ici, on se demandait si le Bye Bye avait été bon. Tandis que la zone euro est en crise et que le monde arabe est en pleine métamorphose, le gros débat au Québec est à savoir si l’entraîneur (pour ne pas dire coach, comme on l’entend ironiquement si souvent) du Canadien devrait parler français.

Dans son toujours dévastateur rapport annuel, Influence Communication rapportait qu’en 2011, 14 des 25 personnalités qui ont le plus fait la nouvelle dans l’année sont liées au monde du hockey. On y apprend aussi qu’on parle beaucoup moins d’économie qu’ailleurs dans le monde, même chose pour les nouvelles internationales. Est-on, donc, une société qui se crisse du reste du monde?

C’est du moins l’impression que j’ai par moment. J’ai ce sentiment d’une société recluse, repliée sur elle-même, qui a fait le deuil de la grandeur et qui préfère se terrer dans ses petites histoires à elle pour ne pas être confronté à la petitesse dans laquelle elle se claquemure volontairement.

Même le vocable du nationalisme québécois reflète ce repli sur soi. Désormais, on ne veut plus affirmer sa culture, on veut protéger sa culture. Le Bloc ne va pas faire valoir les intérêts du Québec à Ottawa, il va défendre les intérêts du Québec. Incidemment, on parle de moins en moins du projet souverainiste, il s’agit plutôt du rêve souverainiste. Pour parler en terme de hockey, ce lexique si cher à notre belle province, on dirait qu’on a décidé de jouer la trappe. On se défend, on reste dans notre zone. Faudrait peut-être prendre conscience qu’en jouant la trappe, on ne scorera pas souvent.

Y a-t-il donc quelque chose de notre peuple qui puisse nous rendre fiers, qui nous permettrait enfin de nous affranchir de ce statut autoproclamé de nation née pour un petit pain? Les Américains ont un sens inné la grandeur, les Français ont une rigueur démocratique et rhétorique enviable. Les Juifs ont un souci de l’excellence immense. Les peuples scandinaves peuvent s’enorgueillir de leur ingénierie sociale. Et nous, qu’est-ce qui nous caractérise et peut nous rendre fiers?

Je crois que c’est le fait qu’après 400 ans, nous parlons toujours français et avons une culture qui nous soit propre. Isolé géographiquement, le peuple québécois existe toujours grâce à une résilience qui me semble phénoménale et si on survit toujours, c’est sans doute à cause de cette communauté riche qui se tient. Mais voilà, après la survie, il y a aussi la vie. Et pour qu’on peuple vive vraiment, il doit prendre sa place légitime dans le monde et pour s’y faire, il faudra s’y intéresser à ce monde, si l’on veut un jour y occuper une vraie place.

L’eff-rites-ment

J’ai participé à un enterrement de vie de garçon dernièrement et outre le fait d’assister à des luttes d’hommes nus et saouls, de belligérants spumescents sur la pelouse, la quéquette à l’air, ce qui m’a le plus désarçonné de mon week-end fut de voir la mine très souvent ahurie des gens à qui je faisais part de mes plans pour mes deux jours de congé.

“Aaaah ouin? Quelqu’un qui se marie en 2011? À 23 ans? WEIRD MANNE!”

On le sait, la religion et ses traditions et rites n’a plus la cote au Québec depuis la Révolution Tranquille. Il m’apparaît clair que de menacer, par exemple, toutes les femmes qui n’enfantaient pas régulièrement d’aller brûler en enfer n’était pas un top coup du département marketing des cathos. Il me semble aussi que l’on a un peu trop dénaturé la parole dudit Seigneur lorsque “Laissez venir à moi les petits enfants” (Mc 10, 13-16) est devenu laissez moi venir sur les p’tits enfants.

Passons.

J’ai moi-même un passé houleux d’obligations familiales avec la religion (Joseph dans la crèche vivante à 12 ans, animateur d’un groupe de pastorale, les brebis de Jésus (OMAGAD), à 14), mais je ne m’attarderai guère à cet historique trouble qui a sans doute forgé la personne bizarre que je suis aujourd’hui. Cela ne m’empêchera pas, ici même et pour vos yeux pas tant ébahis, disons-le, de faire l’apologie du mariage et autres rites pis toute.

Go.

Prenez le mariage, donc. Soustrayez-y l’aspect pour-la-vie-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire, le prêtre aux lunettes bay-window qui marmonne, la poitrine de poulet caoutchouteuse et la tante un peu trop éméchée sur la crème de menthe beaucoup trop willing à faire le train sur l’Incendie à Rio et que vous reste-t-il? Il vous reste deux familles réunies pour célébrer une des plus belles choses qui soit: l’amour de deux personnes qui font le voeu de faire un bout de chemin ensemble. Il me semble qu’il y a quelque chose de magnifique dans un pareil rassemblement pour souligner ce bonheur.

Et puis le baptême, tiens. Enlevez le fait qu’on asperge copieusement un poupon pour l’accueillir contre son gré dans la famille des p’tits zamis de Jésus et vous avez une famille regroupée pour souligner l’arrivée d’un nouveau-né parmi ses membres. Voilà une riche célébration de la vie, non?

Le même type de réflexion, par ailleurs, pourrait facilement être fait pour les funérailles.

Comprenez bien que je ne suis pas un fan boy de tous les sacrements. Celui du pardon, par exemple, m’a toujours apparu comme louche dans la mesure où je ressentais un malaise à l’idée d’un petit garçon à genoux dans un confessionnal qui raconte à un vieux monsieur qu’il se joue un peu trop grassement dans le calecif en pensant à la p’tite Marie-Pier.

Mais voilà, j’ai cette nette impression qu’en évacuant aussi cavalièrement toutes les traditions teintées de religion, on a fait une croix, justement, sur plusieurs facettes plutôt positives et qu’on s’est retrouvé les mains vides, collectivement, en terme de traditions. À travers l’Histoire, les divers peuples me semblent avoir eu pour la plupart leur façon de souligner la naissance, l’amour, la mort, leur manière de célébrer la vie sous toutes ses formes, bref.

Tandis qu’ici, au Québec, j’ai parfois cette impression de “plus rien”, de vide. Ce sentiment que l’on se rassemble bien peu, qu’à travers l’eff-rites-ment, c’est toute notre collectivité qui se désagrège peu à peu.

Je propose donc un retour en force des rituels de tout acabit en vous rappelant que pour moi, boire entre amis un 31 décembre est un exemple parfait de célébration valable. À partir de là, je suis ouvert aux négociations.

La fuite du réel

Dimanche après-midi, mû comme toujours par ma sempiternelle quête pour échapper à l’ennui et la lassitude, j’ai décidé d’agripper la biographie de Jacques Mesrine qui accumulait tristement la poussière depuis un peu trop longtemps sur ma table de salon. Parce qu’il s’agit d’un fait avéré que de lire la bio d’un criminel français à la porn stache si fournie qu’elle ferait rougir de jalousie n’importe quel artisan de l’industrie XXX à l’époque dorée du VHS est un excellent moyen de dissiper la langueur des jours maussades, oui ma p’tite dame.

J’étais donc sur mon balcon à profiter du soleil et à tourner les pages avec avidité, absorbé par le récit gangtsa de l’ennemi public numéro 1, parcourant les histoires de braquages de banque, d’évasions de pénitencier et de fusillades sanglantes lorsque j’ai réalisé que j’étais en train de me divertir de la narration de meurtres réels. Tout ça m’a troublé et m’a amené à me questionner sur mon rapport au réel.

J’ai le même type de réflexion lorsque je fais état de la placidité avec laquelle je parcours les nouvelles ou quand je réalise le détachement avec lequel je lis des dépêches de faits divers atroces ou vois des images de séismes destructeurs.

À ce sujet, je me souviens de ma réaction lorsque j’ai pris connaissance pour la première fois, l’an dernier, de cette histoire de mineurs chiliens prisonniers dans les profondeurs de la Terre. Instinctivement, je me suis dit que ça ferait un foutu bon film. Dégueulasse, non? Puis je m’étais consolé en me disant qu’il s’agissait sans doute là d’un mécanisme naturel de défense devant les drames quotidiens, savez, un truc du genre. Je me suis convaincu à moitié, disons.

J’ai parfois cette nette impression que l’on tente de plus en plus de se soustraire à la réalité, qu’on essaie par tous les moyens d’échapper au concret pas toujours rose, qu’on a de plus en plus besoin de “décrocher”. Il y a sans doute un peu de ça dans le fait qu’au Québec, par exemple, 3 personnes sur 10 écouteraient plus de 15 heures de télévision par semaine. Similairement, je pense aussi à toute cette génération, dont je suis, qui passe d’innombrables heures sur leurs ordinateurs.

Le phénomène prend de l’expansion, notamment par l’entremise de ces kids (et moins kids) qui s’isolent pour jouer à des jeux comme World of Warcraft, qui plongent dans ces mondes virtuels et s’immergent complètement, se déconnectant en quelque sorte du réel, se sustentant d’un univers fantaisiste développé informatiquement et développant des dépendances réelles (50 000 témoignages, MAN).

Et n’en est-il pas de même pour tous ceux qui se masturbent sur de la porno au lieu de tenter de rencontrer d’autres personnes et d’avoir des rapports tangibles et réels?

À ce sujet, je citerai un de mes amis qui c’était jadis prononcé sur le sujet: “World of Warcraft, c’est plus réel que quand je me touche”.

Voilà qui capture bien toute l’essence du rapport trouble qu’entretiendra de plus en plus l’humain du 21e siècle avec la réalité, trop occupé par l’onirique et le fantasmagorique, désireux d’échapper à une existence teintée de fatalisme. Détaché d’une société au futur que l’on dépeint de plus en plus comme apocalyptique, l’homme sera confronté à des nouveaux choix de priorités dans son monde parallèle. C’est le début du nouveau dilemme des réalités virtuelles: vaut-il mieux pogner son level up ou se crosser sur du stream porn?

Pensez-y.

Se mouvoir dans le ‘Chlag

Voilà bientôt deux mois que j’ai déplacé mes pénates des champêtres contrées longueuilloises jusqu’au glauque quartier d’Hochelaga. Deux mois que j’ai pris pour m’acclimater au mode de vie sauvage de cette ville en ruine et je crois y être parvenu. Cependant, un seul et dense mystère demeure encore à ce jour: WHAT’S UP AVEC LES TRIPORTEURS HOCHELAGA MAN?

Je la vois ta confusion, celle que tu as eue en lisant “triporteurs”. Il s’agit là de ces véhicules (?) munis de trois ou quatre roues sur lesquels on s’assied pour ensuite se mouvoir partout en ville au son strident du moteur alimenté par une batterie.

Dzzzzz, Dzzzzz font ces 2hp. Dzzzzz, Dzzzzz sur Ontario, Dzzzzz, Dzzzzz au supermarché, Dzzzzz, Dzzzzz en plein milieu de la rue.

Le principe initial de cette MACHINE est fort louable. Il s’agissait de permettre à des gens à mobilité réduite de se déplacer malgré un handicap ou une maladie quelconque. Ce qui peut aller, quoique je reviendrai sur quelques réserves que j’ai à ce sujet plus tard dans le présent texte (si vous autant que moi se rendons jusque-là, ce qui, entre nous, est plutôt incertain de part et d’autre. Quel suspense!) Mais il y a une proportion qui me semble substantielle des propriétaires de ces MACHINES qui se sont grayés d’un quadriporteur pour ne plus avoir à marcher.

Et bien que l’on m’accole parfois la malheureuse étiquette de lâche (MOI? Je rétorque désormais que la sérotonine de mon cerveau agit inefficacement comme neurotransmetteur. J’ai reçu le diagnostic 100% sûr de Google. J’tel dis.), je suis dans l’incapacité de concevoir le cheminement que tu peux faire dans ta tête pour décider que dans la vie, tu en avais assez de marcher. Que dorénavant, toi, c’était en triporteur que tu te promènerais. 1500$ dans l’usagé, 3500$ dans le neuf, ça en fait en criss des tops ça mon Roger.

Quadriporteur, fauteuil motorisé, déambulateur. Déambulateur.

Déambuler: verbe intransitif, se promener au hasard, selon sa fantaisie.

Et c’est ce qu’ils font. Ils errent un peu partout dans les commerces (Dzzzzz, Dzzzzz), n’ayant que faire de la légitime priorité aux piétons, pas plus qu’ils ne font leurs angles morts en se baguenaudant avec fougue comme des jeunes fous sur Civic monté (ndlr: le lecteur averti aura pris une voix de mononcle moralisateur dans le dernier passage).

C’est l’aspect usage intérieur qui me chicote le plus. Je suis allé à la caisse pop’ dernièrement et dès que je pénètre dans les lieux, j’ai tôt fait de remarquer qu’une femme en déambulateur transige à un des guichets. Sans m’y attarder outre mesure, je m’insère dans une place fraîchement libérée et n’y pense plus en faisant ce que j’ai à faire.

Or à ma sortie, je constate que la dame obstrue totalement la porte d’entrée et qu’une petite foule s’est massée à l’extérieur, attendant de pouvoir entrer. Dans une manoeuvre que je ne m’explique pas, elle avait réussi à loger son engin entre la porte et les rampes statiques désignant la file d’attente. Et elle était prisonnière bien tight. Un artiste désireux de conserver l’anonymat s’est d’ailleurs porté volontaire pour fournir à LeTapage.com une reproduction visuelle des évènements:


Par chance, c’était une dame au volant (Ceci explique cela? Je pose la question, comme ça là) parce qu’aussi pacifiste que je puisse être, si le chauffeur avait été un homme, j’aurais été dans l’obligation morale d’obtempérer:

DROPPE LES GANTS TABARNAC

Finalement, dans un dénouement des plus burlesques, elle s’est levée et suite à un labeur intense et l’aide d’un homme au regard empreint de jugement, elle a réussi à sortir de cette fâcheuse impasse sous les applaudissements d’une jeune femme excédée.

Plus tard, le même jour, je reviens d’une balade et aperçois au loin ma voisine, Son Altesse triportée du ‘chlag, Monique sixième du nom, qui se faisait porter par ses 4 pages d’enfants, levant son quadriporteur comme le feraient les serviteurs d’une pharaonne. 4 bambins qui prirent grand soin d’orienter la Ramses de l’avenue d’Orléans de façon à ce qu’elle puisse bien dévisager les passants, jonchée sur son balcon, bien avachie sur son steak mobile. Sweet Monique est pourtant autonome.

Je réitère mon interrogation (essentielle, oui) initiale: WHAT’S UP AVEC LES TRIPORTEURS HOCHELAGA MAN?

En terminant, je m’en voudrais de ne pas revenir sur les gens à mobilité réduite munis de ces engins (que j’avais évoqué au 4ième paragraphe, discipline!). J’aimerais seulement dire que beaucoup de ces personnes ne sont évidemment plus habiletées à conduire une automobile et sont reconnues comme telles par les instances gouvernementales. Qu’on m’explique alors par quelle vue de l’esprit peut-on les laisser conduire en pleine rue, en plein trottoir, à des vitesses de FOU (oui oui).

Mais bon, réglons un dossier à la fois. Parce que comme le dirait une adolescente hypersexualisée: à chaque jour suffit son pen’.

Hola

Les jardins secrets en jachère

Notre vie privée est-elle en train de lentement s’effriter? C’est la question qui tourne en boucle dans ma tête depuis que j’ai visionné le troublant documentaire We Live in Public cette fin de semaine.

We Live in Public relate l’histoire de Josh Harris, un brillant entrepreneur qui fit fortune lors de la bulle spéculative du dot-com qui marqua la fin de la décénnie 90. S’il fut une véritable star de Sillicon Valley, fondant JupiterResearch et pseudo.com, c’est avant tout à ses expériences sociologiques pour le moins particulières que s’intéresse le documentaire. Parmi celles-ci, la plus marquante de toutes fut assurément Quiet: We Live in Public, un projet de bunker élaboré par Harris où 150 artistes/participants ont été amenés à vivre dans un espace aménagé de sorte que tout le monde était filmé 24h/7 tout en ayant accès à un téléviseur leur permettant d’observer les faits et gestes des autres habitants de Quiet.

Dans un univers qui n’était pas sans évoquer le panoptique de Bentham, l’équilibre précaire qu’est celui d’une société se retrouve rapidement fragilisé. Libérés des contraintes qu’imposent les normes qui sévissent à l’extérieur du bunker, les participants tombent rapidement dans l’excès, la drogue, le sexe, et se donne en spectacle, galvanisés par le fait d’être ausculté constamment par le réseau de caméras mis en place par Harris. Ultimement, plusieurs des habitants de Quiet ont témoigné avoir vécu un sentiment incroyable de solitude, un détachement profond envers leur propre vie et sont vraiment allés à la limite de la folie.

Selon son créateur, Quiet est une métaphore prophétique de ce que l’internet est en train de devenir avec les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter. Et je dois dire que tout ça me donne à réfléchir sur la lente tangente que nous prenons collectivement.

Parce que le phénomène me semble perceptible sur internet. De plus en plus, il nous est possible de s’exposer, la multiplication des plates-formes dites sociales facilite cela et il y a une masse grouillante et grandissante de ces personnes qui sont junkie de l’approbation d’autrui, de l’attention d’autrui. Ce blogue, par exemple, en est l’illustration, comme tous les autres que j’ai tenus auparavant. Je fais partie intégrante de cette génération du voyeurisme participatif, c’est peut-être pour ça d’ailleurs que tout ça m’interpelle autant.

S’il est vrai que ma vision est probablement distortionnée, que je suis trop près de l’arbre pour voir la forêt, il n’en demeure pas moins que j’ai l’impression d’assister à une ruée vers la célébrité. Internet est le nouveau Klondike et la notoriété est dorée. Bien que ce phénomène puisse paraître générationnel, c’est un peu tout le monde qui semble ressentir le besoin de parler de sa vie, de ses expériences personnelles, de partager ses lumières. Tout ça s’inscrit dans l’espèce de mouvance nouvel âgeuse, cette urgence de raconter son cheminement propre, cette ophrahisation des médias.

Je me questionne aussi sur le public de ces mises à nu. Si l’offre est aussi grande, il doit certes exister une demande. Est-ce de la simple curiosité? Le voyeurisme que j’évoquais plus tôt? Vit-on désormais par procuration, par l’entremise des blogues et vidéos-blogues, des comptes twitter? Est-on à la recherche désespérée de gens qui soient comme nous?

J’ai écrit un blog-fiction à l’été 2009 qui s’intitulait Oops we’re dead!, relatant l’histoire d’un espèce de boucher toxicomane misanthrope qui avait obtenu jadis une certaine attention. Ce que la plupart des lecteurs ignoraient être un personnage parlait de ses fréquences de masturbation, de ses trips de dextrométhorphane ou de kétamine, de ses explorations homosexuelles, de sa vie d’orphelin, le tout dans une candeur que personne n’a remise en question, comme s’il était normal d’étaler ainsi sa vie sur internet. À l’époque, j’avais été troublé qu’il ne se trouve personne pour être malaisé de cet exhibitionnisme, en quelque sorte. Or, il faut croire que tout ça est en fait devenu bien banal.

Au-delà d’internet qui magnifie assurément ce phénomène bien enraciné dans la nature humaine qu’est celui de la recherche de l’admiration/attention de ses pairs, on peut aussi se questionner sur ce qui a amené notre société à ainsi être obsédée, voire obnubilée par la notoriété. Plus individualiste que jamais (enfin, je le crois), l’humain demeure fortement mû par ce besoin de reconnaissance. Tandis que le tissu familial s’effrite et qu’une satellisation des relations s’opère, il s’agit peut-être là du seul moyen de combattre l’isolement. La pudeur devient jurassique et la vie privée se fossilise au profit d’une vie commune exacerbée.

Je me demande, au fond, si on assiste à l’avènement d’un monde où Orwell et Boye se côtoieront, où kollocaïne et Big Brother s’uniront dans un mélange explosif catalysé par le net. Est-il venu le temps de la grande cyber-dystopie? Internet deviendra-t-il un zoo humain? Je crois qu’il est au moins venu le temps de se questionner sur notre relation avec la collectivité et de, peut-être, recommencer à cultiver nos jardins secrets.

D’ici là, je vous reviendrai bientôt dans un prochain billet où je continuerai à vous conter ma vie.

Haïr Justin Bieber, se crosser sur Digital Playground


Parents de tout acabit, mères monoparentales qui vous demandez ce que votre petit garçon de 16 ans fait sur votre Dell acheté chez Bureau en gros une fois la nuit venue, pères pingres qui vous insurgez des frais de dépassement que vous charge votre fournisseur internet pour la bandwithque succube votre fils sur son portable, il est grand temps que vous appreniez que votre enfant fait partie de cette génération qui utilise les internets à deux escients: haïr et jouir. Parce qu’il faut se le dire, votre boy est beaucoup plus occupé à invectiver une pétasse des prairies qu’à lire sur la potasse saskatchewanaise.

Du web est en train d’émerger une génération d’haters aux poignets bioniques, une horde d’hargneux branleux. Dans plusieurs sphères de la société, ils s’immisceront lentement et laisserons invariablement une marque indélébile. J’imagine déjà les spécialistes qui étudieront éventuellement l’émergence de cette nouvelle race d’adolescents qui se brassent le paquet en brassant de la marde sur la Toile.

Je vois bien les sociologues sportifs étudier l’avènement d’une génération de tireurs aux poignets exceptionnelle, sortir des bouquins comme Arm Wrestling: the effect of porn in streaming ou Choc des générations: agriculteurs contre branleurs.

Si les bonnes dames ont eu leur mantra (Eat, Pray, Love), le péquenaud internaute de 18 ans a le sien: Hate, Fap, Cum. Sur Twitter, /b/, NVG et Youtube, on s’affaire à hater Justin Bieber et Rebecca Black avec une intensité sans borne avant de se faire aller devant Youjizz, Pornhub ou Xvideos.

Traders avertis, je vous le dis, l’ère est à l’investissement. Option d’achat sur des stocks de Kleenex, action de compagnies d’armement, capital dans l’industrie de la porno, soyez à l’affût. La bulle est imminente et elle gonflera jusqu’à l’explosion du Dow Jones tandis que gamètes et sang afflueront sur Wall Street dans la consécration de la génération d’angry jerking white males.

Et peut-être même qu’un jour, ils sortiront du sous-sol de leurs mamans. À ce moment-là, le vrai fun va commencer.

 

Whoe Zana au plus bas des cieux

De tout temps, l’homme s’est questionné sur les grands enjeux de sa vie: quel est le secret de la caramilk, ai-je une bizoune assez grosse, qui c’est qui goale à soir, stu moi qui sens du d’sour de bras? Plus encore, l’homme s’est souvent demandé ce qu’il faisait sur Terre, qu’avait-il à accomplir en ce bas monde, comment parviendrait-il à laisser sa trace?

Jusqu’à tout récemment encore, la religion s’était affairée avec un relatif succès à fournir des réponses à ces existentielles questions. Vous vouliez savoir le pourquoi du comment du kessé? La bible TOB vous arrangeait ça en une couple de versets bien envoyés. C’était ainsi et on se questionnait bien peu. Puis lentement, de plus en plus de gens se sont mis à rejeter unilatéralement la religion mais aussi toute la spiritualité qui y était inhérente laissant du même coup un grand vide lorsqu’arrivait le moment de décider la raison de notre venue sur cette planète qu’on dit bleue.

Pris au dépourvu devant le vide de sens de sa vie, l’homme contemporain s’est donc retourné vers ce que j’appelle les religions du 21e siècle: l’environnementalisme, l’entraînement, le sexe, la carrière professionnelle, etc. Notre ère a vu la création de dogmes nouveau genre, de l’extrémisme trendy. La demi-mesure est désormais relique, la modération devient lentement un vétuste concept. On est obnubilé par les nouvelles religions.

J’ai parfois l’impression qu’on est en train de réécrire les 10 commandements, qu’on a désormais le droit à des trucs du genre Ton bébé tu allaiteras, Tu ne fumeras point ou encore Ta dose quotidienne d’antioxydant tu ingéreras.

Partout, de nouveaux prophètes surgissent. Bientôt, on se regroupera pour lire des lettres de sainte Oprah aux Américains, on citera Dr. Phil en homélie. Nous aurons de nouvelles saintes Écritures telles The Secret ou Eat, Pray, Love et les disciples de par le monde communieront ensemble, vibrant au rythme du new age.

Partout au coin de l’Amérique, on entendra “Prenez et mangez en tous, ceci est mon compost, livrez pour vous”. Dans les gyms, on avalera ses suppléments comme des hosties dans l’Eucharistie de la testostérone. On verra la montée en puissance de l’Église du Végétalisme, pousseront les temples de la simplicité volontaire.

Et quelque part, des confins de Longueuil surgira un nouveau gourou, un divinateur. On l’appellera Le Tapageur.